Vous avez un passé médical ou craignez qu’un antécédent de santé complique l’obtention d’un prêt immobilier ? La loi Lemoine change la donne et offre des solutions réelles pour alléger vos démarches.
Depuis le 1ᵉʳ juin 2022, si deux conditions sont réunies — part assurée ≤ 200 000 € par personne et remboursement avant le 60ᵉ anniversaire de l’emprunteur — le questionnaire de santé n’est plus exigé. Dans les autres cas, il reste obligatoire.
Jusqu’à l’arrivée de la loi Lemoine, les anciens malades ou personnes à risque de santé se heurtaient à des formalités lourdes, des surprimes, voire des refus d’assurance. Ces obstacles limitaient l’accès au crédit immobilier. La législation a ainsi été repensée pour plus d’équité, avec suppression du questionnaire de santé dans certains cas, extension du droit à l’oubli, simplification des résiliations d’assurances emprunteur.

Les fondements de la loi Lemoine : ce qu’elle change concrètement
La loi n° 2022-270 du 28 février 2022, dite loi Lemoine, a été promulguée pour assurer un accès plus juste, simple et transparent au marché de l’assurance emprunteur. Son champ d’application couvre les prêts immobiliers, les prêts à la consommation et certains prêts professionnels.
Ses objectifs principaux
- Réduire les discriminations liées à l’état de santé des emprunteurs – ancien malade, personne ayant des risques de santé.
- Simplifier les procédures – moins de formulaires, formalités médicales, examens quand les conditions sont remplies.
- Permettre la liberté de résilier son assurance emprunteur à tout moment, sans frais ni justification.
- Rendre le droit à l’oubli plus accessible, plus inclusif, raccourcir les délais pour certaines pathologies.
Conditions précises pour être dispensé du questionnaire médical
Pour ne pas avoir à remplir le questionnaire de santé lors d’une assurance emprunteur, deux critères essentiels sont à respecter simultanément :

Montant assuré ≤ 200 000 € par personne
L’assurance ne peut pas exiger le questionnaire si la part assurée pour une personne ne dépasse 200 000 €. Pour un emprunt en couple, cela signifie qu’un prêt jusqu’à 400 000 € peut être éligible si la quotité est répartie. L’encours cumulé assuré (tous crédits immobiliers et assureurs confondus) compte pour ce seuil.
Remboursement complet avant le 60ᵉ anniversaire
Le terme du prêt doit survenir avant que l’emprunteur assuré n’atteigne ses 60 ans. Peu importe l’âge au moment du prêt — c’est la date de fin qui compte. Si le prêt finit après les 60 ans, le questionnaire pourra être exigé.
Prêts immobiliers (usage habitation ou usage mixte) concernés
La mesure s’applique aux prêts immobiliers destinés à l’achat d’une habitation principale ou à usage mixte (habitation + professionnel) mais pas aux prêts à la consommation ou à certains prêts purement professionnels non liés à l’immobilier.
Le droit à l’oubli : modalités, pathologies concernées, délais
Le droit à l’oubli permet à des emprunteurs ayant été malades de ne pas déclarer leur pathologie dans le questionnaire de santé, sous certaines conditions. Avec la loi Lemoine, ce droit s’applique notamment aux personnes ayant eu un cancer ou une hépatite C.

Délais & absence de rechute
Le protocole thérapeutique doit être terminé depuis au moins 5 ans, sans rechute. Peu importe l’âge auquel la maladie a été diagnostiquée.
Échéance du contrat / âge limite pour le droit à l’oubli
Le prêt ou le contrat d’assurance concerné doit avoir une échéance < 71 ans pour que le droit à l’oubli soit applicable.
Ce qui reste obligatoire : cas de figure, risques, ce que dit la loi
Même si la loi Lemoine allège les démarches, certaines situations imposent encore de remplir un questionnaire de santé : voyons dans quels cas et avec quelles conséquences pour l’emprunteur.
Quand le questionnaire de santé reste imposé ?
- Prêt dont la part assurée d’une personne > 200 000 €.
- Si le remboursement complet du prêt intervient après le 60ᵉ anniversaire de l’emprunteur assuré.
- Prêts non immobiliers ou usage spécialisé non couverts par la loi (prêts à la consommation, certains prêts professionnels).
Les risques de la fausse déclaration ou de la réticence
En vertu de l’article L113-8 du Code des assurances, toute fausse déclaration volontaire, omission ou réticence intentionnelle peut entraîner la nullité du contrat ou le refus de prise en charge en cas de sinistre. Les conséquences peuvent être lourdes : remboursement non assuré, mise en jeu de la responsabilité financière de l’assuré ou de ses héritiers.
Surprimes, exclusions de garantie
Quand le questionnaire est exigé, les antécédents médicaux peuvent entraîner des surprimes ou des exclusions de garanties – c’est-à-dire que certaines pathologies peuvent être explicitement exclues du champ de couverture ou remboursées dans des conditions restreintes. Cela signifie que même si le contrat est accepté, le coût ou les garanties peuvent être moins favorables.
Impacts pratiques pour les emprunteurs avec antécédents médicaux
Pour les personnes ayant déjà connu une maladie grave ou chronique, la loi Lemoine change concrètement la donne, mais son application varie selon le profil et le type de prêt.

Cas typiques de bénéficiaires
Voici quelques exemples concrets :
- Vous avez eu un cancer guéri il y a 6 ans, vous avez 40 ans, votre prêt immobilier se termine à 55 ans, pour une part assurée de 180 000 € → vous êtes dispensé du questionnaire médical.
- Vous avez 50 ans, empruntez 220 000 €, partie assurée 110 000 € chacun (couple) → vous n’êtes pas dispensé, car même si la part assurée individuelle est respectée, le total dépasse 200 000 € (ou selon l’interprétation).
- Vous êtes ancien malade d’une hépatite C, protocole terminé depuis 5 ans, pas de rechute, prêt remboursé avant 60 ans → vous pouvez invoquer le droit à l’oubli.
Impact financier & économies possibles
Sans questionnaire de santé, vous évitez :
- Des surprimes liées aux antécédents médicaux
- Un coût plus élevé de l’assurance à cause des examens médicaux ou des bilans médicaux exigés
- Un gain de temps dans la souscription (moins de délais, moins de paperasse)
Certains organismes estiment que l’économie peut aller de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros sur la durée du prêt selon le profil.
Limites restantes & défis pratiques
Mais attention, il y a des zones grises :
- Certains assureurs continuent de demander des justificatifs supplémentaires même si les conditions paraissent remplies, ou imposent des délais de réponse élevés.
- Le montant « part assurée » peut être sujet à interprétation ou contestation selon la banque ou l’assureur.
- Les contrats anciens peuvent ne pas bénéficier immédiatement de certaines dispositions.
Conseils pour optimiser votre dossier et faire valoir vos droits
Afin de tirer pleinement profit de la loi Lemoine et éviter les mauvaises surprises, voici des stratégies simples pour constituer un dossier solide et défendre vos droits face aux assureurs.
Vérification anticipée de l’éligibilité
Avant même de signer l’offre de prêt, calculez votre part assurée, vérifiez la durée du prêt, la date de fin. Faites des simulations pour voir si vous serez < 60 ans à la fin. Lisez attentivement l’offre d’assurance et la Fiche Standardisée d’Information (FSI). Demandez si le prêt est “usage habitation / usage mixte” pour confirmer qu’il est concerné.
Utiliser le droit à l’oubli quand il est applicable
S’il y a un antécédent de santé, assurez-vous que :
- le protocole thérapeutique est terminé depuis au moins 5 ans sans rechute ;
- vous avez les justificatifs médicaux correspondants ;
- la pathologie figure parmi celles reconnues (cancer, hépatite C) selon la loi. Ne présumez pas qu’elle sera automatiquement acceptée : vérifiez auprès de votre assureur ou via la convention AERAS.
Comparer les offres & garanties équivalentes
N’acceptez pas forcément l’assurance proposée par la banque sans y regarder de près. Utilisez les comparateurs d’assurance prêt. Vérifiez que les garanties sont équivalentes (décès, invalidité, perte de revenus). Demandez plusieurs devis, lisez les exclusions de garantie, les délais de carence. Parfois une assurance extérieure ou délégation est plus avantageuse.
Préparer vos documents médicaux & déclarations honnêtes
Gardez à jour vos dossiers médicaux : dates de diagnostics, fin de traitements, absence de rechute. En cas de questionnaire, répondez avec précision (sans dissimuler). Conservez les preuves. Cela vous évitera des complications ultérieures (contestation, nullité du contrat).
Ce que faire si l’assurance refuse ou impose des conditions injustifiées
Si vous estimez que votre assureur ou banque ne respecte pas la loi Lemoine :
- Envoyez une réclamation écrite en citant la loi Lemoine et vos droits.
- Saisissez le médiateur de l’assurance ou une association de consommateurs.
- Demandez l’aide de la Convention AERAS, qui peut aider à négocier ou trouver une assurance adaptée.
- Comparez d’autres offres : certaines compagnies font des efforts pour proposer des contrats plus « santé-friendly ».
Conclusion
La loi Lemoine est une réforme majeure pour les emprunteurs, particulièrement pour ceux ayant un passé de santé. Si vous remplissez les deux conditions clés — part assurée ≤ 200 000 € par personne et remboursement complet du prêt avant vos 60 ans — vous êtes dispensé du questionnaire de santé. Le droit à l’oubli, pour les anciens malades (cancer, hépatite C) après 5 ans sans rechute, constitue une avancée précieuse.
En revanche, si l’un des critères n’est pas respecté, le questionnaire reste requis, avec ses implications : délais, formalités, potentiel coût supplémentaire. Dans tous les cas, informez-vous, comparez les offres, exigez l’équivalence des garanties, et soyez transparent dans vos déclarations. Votre profil médicaux ne doit pas être un frein injuste à votre projet immobilier.


